Musica édition 2012

 

- Fin du spectacle à 21 h 50 -

Commande de T&M-Paris et du Réseau Varèse / Festival d’Aix-en-Provence
Production Festival d’Aix-en-Provence
Coproduction T&M-Paris / Théâtre de Gennevilliers CDNCC / Théâtre Royal de la Monnaie / Musica
Avec le soutien de la SACD et du Fonds de Création Lyrique
Reprise de la production en tournée : T&M-Paris avec le soutien du Réseau Varèse (subventionné par le Programme Culture de la Commission Européenne), et de Pro Helvetia, Fondation suisse pour la culture.

vendredi 28 septembre 2012

19 20 h 30 La Filature - Mulhouse

Thanks to my Eyes

Opéra

De sa rencontre avec l’écrivain/metteur en scène Joël Pommerat, le compositeur italo-suisse Oscar Bianchi (né en 1975) tire son premier opéra Thanks to my Eyes. Fructueuse réunion du théâtre et de la musique, ce spectacle poétique et envoûtant, salué depuis sa création au Festival d’Aix-en-Provence en 2011, comme une extraordinaire réussite, convoque dans une ambiance de thriller quelques personnages énigmatiques servis par une brillante distribution.

Grâce à mes yeux, le texte original duquel le livret a été adapté, fut créé au théâtre en 2002. Pour Oscar Bianchi – auteur notamment d’une magistrale cantate créée à Musica en 2007 – et pour Joël Pommerat – dont l’art a ces dernières années acquis une reconnaissance extraordinaire –, Thanks to my Eyes est donc à l’origine d’une expérience nouvelle par laquelle les mots se joignent à la musique. Chez Pommerat, l’écriture et la mise en scène ne font ordinairement qu’un. Elles participent d’un même geste, se nourrissent l’une et l’autre. Chez Bianchi, la musique est source de sensations qui dépassent intentionnellement le verbe. Et c’est de cette double pratique qu’est né leur premier opéra de chambre.

 

L’argument tient en quelques lignes : un père autoritaire et possessif tente sans grand succès de transmettre à son fils Aymar l’art du comique qui fit sa gloire. Autour de ces deux personnages, incarnant le conflit de génération autant que la soumission et le désir d’émancipation, la mère, très vieille femme dont la mémoire défaille, un curieux hippy, messager porteur de lettres, et deux jeunes femmes aux apparitions nocturnes. Dans un fantastique et oppressant décor de montagnes abruptes, il faut attendre qu’une éclipse totale du soleil se produise pour que certaines choses se dévoilent, sans pour autant donner toutes ses clés à l’intrigue.

 

L’opéra se déroule en vingt-quatre numéros. Vingt-quatre courtes scènes en forme de pièces d’un puzzle qui se compose tout au long de la représentation. L’imbrication de la mise en scène – magie des alternances entre obscurité totale et lumière saisissante –, et de la musique – dont la subtilité de l’orchestration et l’instrumentation originale servent l’énergie et l’expression –, déploie mystérieusement le parcours initiatique d’Aymar…

 

La distribution des voix est dans Thanks to my Eyes prépondérante : à la basse profonde retenue pour le Père (magistral Brian Bannatyne-Scott) s’oppose en tout point la fragilité troublante d’Aymar, extraordinairement portée par le contre-ténor allemand Hagen Matzeit dont la tessiture ambiguë, cristallise toute l’étrangeté du rôle. En flirtant avec la voix d’Aymar, les voix des deux soprani ajoutent au trouble ; se mêlant dans l’aigu, jouant de leur voisinage plus que de leurs différences, elles pourraient finalement n’être qu’une. Restent deux personnages tout aussi énigmatiques que le compositeur et le metteur en scène ont choisi de caractériser par défaut : la Mère, dont la langue reste le français et dont la voix a perdu le chant pour se réfugier dans la simple parole, le messager enfin dont l’absence de voix est finalement brièvement rompue en toute fin d’opéra. Ces six voix sont soutenues sans relâche par les douze musiciens d’un orchestre où dominent les graves et inquiétantes sonorités de la flûte Paetzold, du tubax ou de la clarinette contrebasse.