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Un géant, un avaleur de sabres, une araignée humaine, un nain bègue : ces personnages de baraques de forains – plus particulièrement celles qui, dans le parc d’attractions de Coney Island à New York, à l’orée du vingtième siècle, juxtaposaient crûment divertissement et misère sociale – apparaissent de façon stylisée dans Sideshow, munis chacun d’un double déformé et grimaçant. Des aphorismes de Karl Kraus, auteur connu notamment pour ses pamphlets et satires, sous-tendent les cinq parties de la pièce, dont l’essence est cependant plus théâtrale que narrative, comme le souligne la position des musiciens de cet octuor amplifié, alignés sur le devant de la scène. Une belle occasion d’accueillir pour la première fois les New-yorkais du Talea Ensemble.

Chacun joue. Non seulement sa partie instrumentale, l’ensemble produisant une musique le plus souvent pointilliste qui, en raison de l’ambiguïté savamment cultivée par Steven Kazuo Takasugi entre sources acoustiques et partie électronique fixée, crée selon les termes du compositeur une sorte de « ventriloquisme » parfaitement en situation dans ce contexte. Mais il s’agit aussi d’un jeu d’acteurs, qui implique surtout des expressions faciales. Du sourire forcé et figé qui installe dès le début une étrangeté dérangeante, on évolue vers un rire d’abord esquissé qui deviendra névrotique, voire spasmodique et même démentiel. Le  comique cède au grotesque qui, outré, aboutit à une certaine forme d’expressionnisme. De la même façon que l’équilibre dramaturgique est rétabli par des séquences quasi immobiles au cours desquelles les musiciens-acteurs arborent des visages impassibles, des plages musicales où règnent souffles et nappes harmoniques apaisées contrebalancent un discours le plus souvent tendu, que sa complexité rythmique associée à des modes de jeux bruitistes et des échantillons traités par l’électronique fait tendre par moments vers le crépitement. À l’opposé des sons de piano distordus et de leur effet bastringue que l’on associe volontiers à l’univers forain, les silences prolongés, le jeu instrumental raréfié et la gravité affichée par les musiciens peuvent faire penser au hiératisme du théâtre Nô.
La section qui évoque l’« électrocution d’un éléphant » – un épisode réel, qui avait valu à l’éléphant Topsy d’être empoisonné et électrocuté en public, filmé par la compagnie Edison en 1903 à Coney Island – fait entendre un lointain écho instrumental du mugissement de l’animal, chargé d’une tension expressive particulièrement émouvante. En filigrane apparaît le thème souterrain de la pièce : la perte d’un être cher.


France 3 Grand Est accueille Musica

Talea Ensemble


Steven Takasugi
Sideshow (2009-15) / 55’

pour octuor amplifié et électronique
texte, Karl Kraus


Fin de la manifestation à 19h30

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