Raquel Camarinha, soprano <br>Yoan Héreau, piano
programme (PDF)

Après avoir pu découvrir Raquel Camarinha dans Giordano Bruno, opéra de Francesco Filidei à Musica 2015, la voici en récital avec le pianiste Yoan Héreau, par ailleurs chef de chant de plusieurs créations contemporaines (dont Thanks to my Eyes d’Oscar Bianchi au Festival Musica 2012). Le programme qu’ils donneront cette année à Strasbourg mettra leur sensibilité complice au service de leur goût pour la mélodie française (Debussy) et les compositions d’après-guerre (Crumb) – jusqu’aux pages les plus récentes (Saariaho, Adès).

Chanter est une manière particulière de dire. Ainsi Kaija Saariaho, musiquant quatre textes du grand poète finlandais Eino Leino, s’est-elle d’abord portée à l’écoute de la mélodie propre à sa langue natale – où, notamment, s’étirent les voyelles (Leino Songs, 2000-2007). Et ainsi Debussy, dont les Ariettes oubliées (1885-87) empruntent leurs poèmes à six Romances sans paroles de Verlaine, fait-il chanter ses textes comme il les ferait déclamer : de l’exclamation « C’est l’extase » qui ouvre le cycle au « Hélas » qui le conclut, l’énonciation des mots participe puissamment à la fabrication du sens qu’ils recouvrent au sein du poème.

Car tout texte a un sens – mais lequel ? Tennessee Williams, dans Life Story, décrit les sentiments de deux amants d’un soir, dans une chambre d’hôtel, après l’amour ; la partition qu’en tire Thomas Adès (1994) souligne la dimension tragi-comique du texte, comme une réminiscence désarticulée du groupe de jazz qui, peut-être, jouait ses ballades au bar de la rencontre. Les vers du When Lilacs Last in the Dooryard Bloom’d de Walt Whitman, choisis par George Crumb pour son Apparition (1979), évoquent quant à eux de manière saisissante l’expérience de la mort – inspirant l’écriture d’une voix sinueuse ou bruitée (l’œuvre est entrecoupée de trois vocalises évoquant parfois les chants d’oiseaux) et d’un piano étrange, hanté par son amplification.

Le sens du texte se diffuse ainsi dans la musique, qui en thésaurise l’expression : commande du Concours Clara Haskil 2015, les Blanca Variations pour piano seul de Thomas Adès sont empreintes du spleen de la romance séfarade « Lavaba la blanca niña » qu’elles exposent puis varient, dans une virtuosité jamais ostentatoire. À cet égard, elles ponctuent à merveille ce récital, véritable voyage au cœur des nostalgies et des mélancolies.


Claude Debussy
Ariettes Oubliées (1885-87) / 16’

poèmes de Paul Verlaine

Kaija Saariaho
Leino Songs (2000-07) / 12’

poèmes de Eino Leino

Thomas Adès
Life Story (1994) / 9’

texte de Tennessee Williams

George Crumb
Apparition (1979) / 25’

Mélodies et vocalises élégiaques pour soprano et piano amplifié
texte de Walt Whitman When Lilacs Last in the Dooryard Bloom'd


Fin de la manifestation à 12h20