Reich / Bach
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Deux géants de la musique distants de 250 ans. Deux chefs-d’œuvre : le Magnificat et Tehillim. Mais « une même ferveur expressive » selon François-Xavier Roth qui a choisi de les rapprocher.

Tout semble séparer Jean-Sébastien Bach, le Cantor de Leipzig, mort en 1750, de Steve Reich, le Pape du minimalisme new-yorkais, qui fête ses 80 ans cette année. Avec Reich, pulsation continue, centre tonal, isorythmie, contrepoint, il y a pourtant de nombreux points communs entre la musique répétitive américaine de la fin du xxe siècle, et la musique baroque européenne. Reste qu’il n’est pas simple d’interpréter successivement Tehillim de Reich et le Magnificat de Bach, en changeant de surcroît instruments et diapason, comme le font les musiciens de l’orchestre Les Siècles qui se donnent pour règle de jouer chaque composition avec les instruments de leur époque.

« Réunir ces deux œuvres était un vieux rêve, car elles disent la même chose », confie François-Xavier Roth, fondateur et chef attitré des Siècles. Avec Tehillim, une pièce de 1981 pour ensemble concertant de musiciens et de percussions et quatre voix de femmes, Reich met pour la première fois de sa carrière un texte en musique, tandis que le Magnificat est la première œuvre d’envergure de Bach sur un texte latin. On sait que Reich a étudié de près la Cantate BWV 4 de Bach (Christ lag in Todesbanden), avant de mettre en musique les psaumes bibliques de Tehillim, et que le respect de la prosodie du texte hébraïque l’a contraint à abandonner répétition et métrique fixe, constitutifs de son langage.

Il a également cherché des voix souples et agiles, aguerries au répertoire baroque et de la renaissance, plus à même de rendre justice à son écriture rythmique que des chanteurs lyriques dotés d’un vibrato.

« Sous ses airs simples, la musique de Reich est difficile à interpréter et à diriger, reprend le chef. L’écriture vocale, très pure, est redoutable. C’est comme du Mozart, il n’y a pas de place pour l’hésitation. Du point de vue de l’orchestration, ces œuvres sont passionnantes : dans Tehillim, les voix de femmes sont doublées par deux clarinettes, puis par le hautbois et le cor anglais, et enfin les flûtes et les percussions, ce qui modifie progressivement leur couleur et leur perception. De la même manière, Bach utilise les timbres de son orchestre comme les pièces d’une mosaïque pour exprimer avec mille nuances, le texte du Magnificat. Mais ce qui m’enthousiasme le plus, poursuit François-Xavier Roth, c’est le moteur rythmique à l’œuvre dans le Magnificat comme dans Tehillim, la joie irrépressible, la ferveur proche de la transe qui émanent de ces deux œuvres ».

Concert dédié à la mémoire de Marcel Rudloff, ancien Maire de Strasbourg et Président de la Région Alsace


En partenariat avec l’Université de Strasbourg
Avec le soutien de l’ADAMI