Münchener Kammerorchester / RIAS Kammerchor
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Une page lumineuse pour sextuor vocal de Sciarrino, le célèbre et pas moins apaisé Requiem de Duruflé et, entre les deux, Disputatio, dernière pièce du plus lyrique des compositeurs français ; c’est la recette d’une sacrée soirée.

Quand la musique d’aujourd’hui s’inspire de la liturgie d’il y a mille ans, cela donne le Requiem de Duruflé projetant le chant grégorien dans le monde harmonique et orchestral de 1947. Ou, plus économe et évanescent encore, le Responsorio delle Tenebre composé en 2001 par Salvatore Sciarrino. Deux visions du sacré pour encadrer Disputatio de Pascal Dusapin, qui monopolisait les forces des remarquables Münchener Kammerorchester et RIAS Kammerchor, lors de sa création à la Philharmonie de Berlin en juin 2015, et que l’on retrouve pour sa reprise à Musica dans la magnifique Cathédrale de Strasbourg.

On ne présente plus le franc-tireur nancéien, autant influencé par les déflagrations modernistes d’Edgar Varèse, le rock des Doors et son organiste Ray Manzarek, que par Iannis Xenakis dont il suivit l’enseignement de 1974 à 1978. De la Villa Médicis en 1981, au Collège de France où il fût, après Pierre Boulez, le deuxième compositeur à occuper la chaire d’enseignement artistique, Pascal Dusapin a fini par acquérir les lettres de noblesse que son refus des académismes semblait lui interdire à jamais.
Parallèlement, avec huit opéras à son actif – créés notamment à la Monnaie de Bruxelles, l’Opéra Bastille, le Staatsoper de Berlin – et une œuvre de photographe et de plasticien, il est devenu le compositeur français le plus médiatique et l’un des plus doués de sa génération.

Écrite pour chœurs, harmonica de verre, percussions, timbales et orchestre à cordes, Disputatio a été composé en 2014 sur un texte d’Alcuin, un théologien anglais qui vivait à York au vıııe siècle. Proche de Charlemagne et créateur de l’Académie Palatine, ce pionnier de la notion d’identité européenne a écrit ce dialogue entre un maître et un élève en multipliant les courtes incises, ce qui en fait un défi pour un compositeur. Disputatio est une pièce « heureuse, une œuvre de réconciliation, animée de passions douces et de gestes méditatifs » selon Pascal Dusapin. À l’image de ses dernières pages pour orchestre, dont la lisibilité et la franchise de l’expression masquent autant qu’elles la révèlent, une maîtrise accrue de la technique et de la forme.


La Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg accueille Musica