Orchestre Philharmonique du Luxembourg
programme (PDF)

En clôture du festival, ces quatre pièces d’orchestre donnent un aperçu de la pluralité que revendiquait le compositeur allemand. Vingt années de composition qui font (re)découvrir un musicien génial et toujours trop méconnu.

De la musique mi légère-mi sérieuse accompagnant l’essai cinématographique de Michael Wolgensinger (Metamorphose) au sombre Stille und Umkehr qui précède son suicide en août 1970, Bernd Alois Zimmermann a produit une œuvre pour orchestre riche et personnelle. Elle irradie dans des directions multiples, comme en témoigne l’humour grinçant de la Musique pour les soupers du Roi Ubu ou, avec Dialoge, sa relation à Debussy. La citation est un art particulier à Zimmermann. Il en fait chose vivante, qu’il puise au répertoire passé, qu’il emprunte à ses contemporains (Stockhausen, Henze, Dallapicolla dans les « soupers »), qu’il transgresse les genres et les styles (concerto, mais aussi introduction du jazz, de musiques de danse, voire de pop musique… dont il était friand).

Même avec Stille und Umkehr (Silence et retour) sa dernière partition (elle sera créée de manière posthume en 1971 à Nuremberg), il ne renonce pas, malgré la réduction extrême du matériau et l’immobilité totale de cette musique, à associer des instruments habituellement étrangers à l’orchestre (une scie musicale, un accordéon) et à employer fugitivement un rythme de blues… une manière, sans doute, de signifier que même dans le plus grand désespoir doit toujours subsister une infime lueur de fantaisie.

© P. Hurlin