Du monologue de Christa Wolf – long et fascinant texte publié en 1983, grâce auquel l’auteur Est-allemande accédait à la notoriété – Michael Jarrell
a écrit son premier ouvrage pour la scène. Renonçant au chant, il le dédie à une voix de comédienne (le rôle fut créé par Marthe Keller) et choisit de l’intituler monodrame en référence au fameux Erwartung de Schœnberg. Il plane ainsi sur cette partition une ambiguïté initiale qui fonde son originalité : s’agit-il d’un opéra sans chanteur ou d’un théâtre dont le temps et le flux sont sous influence musicale ? Treize ans après sa création, la question est définitivement dépassée par l’emprise que Cassandre opère naturellement sur son auditoire, s’étant imposée comme partition de référence du théâtre musical contemporain autant qu’œuvre incontournable de Michael Jarrell.

Georges Lavaudant, en complicité avec la comédienne Astrid Bas, en donne une nouvelle lecture, créée au Théâtre de l’Odéon à Paris en décembre dernier. Ils trouvent ensemble une juste manière de figurer l’attente et l’annonciation de la chute de Troie, allusion faite alors par Christa Wolf à l’effondrement à venir du bloc soviétique. Scéniquement détachée de l’ensemble instrumental et d’un kaléidoscope d’images vidéos, la voix résonne tragique et magistrale. Elle scelle la puissance du verbe associé à la capacité d’évocation de la musique. L’Ensemble intercontemporain, qui en fut le premier interprète, sert à nouveau magnifiquement cette partition marquante.


Nouvelle production créée le 9 décembre 2006 à L’Odéon-Théâtre de l’Europe, Paris Co-réalisation à Strasbourg Opéra national du Rhin / Musica


Ensemble intercontemporain

Nouvelle production créée le 9 décembre 2006 à L’Odéon-Théâtre de l’Europe, Paris Co-réalisation à Strasbourg Opéra national du Rhin / Musica