Luc Ferrari
France (1929 - 2005)


Légendaire facteur de sons, Luc Ferrari a tracé une voie singulière dans le paysage musical contemporain, à l'écart des mouvements auxquels il aurait pu s'agréger – le sérialisme de l'école de Darmstadt, où il a côtoyé Karlheinz Stockhausen, Luciano Berio, Luigi Nono ou encore John Cage ; la musique concrète de Pierre Schaeffer, avec qui il a collaboré au Groupe de Recherches Musicales en 1966. En 1972, il crée son propre espace de travail électroacoustique (studio Billig).

Sa musique intègre des éléments répétitifs et cycliques sans cesse faussés par des accidents, s'appuie sur une narration qui lui donne un grand équilibre formel. Réhabilitant les bruits réalistes et l'anecdote, elle annonce un « art acousmatique » qui s'écarte diamétralement de l'utopie de la musique pure pour se rapprocher de l'art radiophonique – comme en témoignent ses « Hörspiele », reportages musicalisés à mi-chemin entre la radio et la musique. Pour Luc Ferrari, placer des micros dans la nature au petit matin et enregistrer le crescendo de la vie qui s'éveille, comme il l'a fait dans Presque rien (1967-70), est un acte de composition. On y retrouve déjà le caractère autobiographique qui traverse son œuvre depuis Hétérozygote (1963-64), mais aussi les prémisses d'une démarche minimaliste. Ces deux œuvres majeures de son répertoire s'appuient sur l'électronique – les « sons mémorisés » – matériau essentiel qu'il a exploré sa vie durant, tout en composant également des œuvres pour instruments traditionnels.

Luc Ferrari demeure comme une personnalité libre, qui n’a pas suivi le chemin des institutions ou des écoles, mais toujours celui des voies de traverses, guidé par un sens intuitif et élégant de la rupture, de la liberté et du plaisir.