Bernd Alois Zimmermann
Allemagne (1918 - 1970)


Humaniste chrétien engagé, musicien hypersensible, Bernd Alois Zimmermann se décrivait volontiers comme « un mélange typiquement rhénan de moine (le mystique, l’ascète, l’introverti) et de Dionysos (le passionné, l’explosif, l’apocalyptique) ».
Après des études d’orgue, de pédagogie et de composition, notamment à la Musikhochschule de Cologne où il enseignera par la suite, il rencontre l’esthétique sérielle à Darmstadt auprès de René Leibowitz et de Wolfgang Fortner. Ses premières influences musicales sont Paul Hindemith, Igor Stravinsky, le jazz, puis le sérialisme d’Anton Webern. C’est à la radio de Cologne qu’il expérimente concrètement, à travers nombre de réalisations de pièces radiophoniques, les principes du collage et du montage notamment illustrés par sa Musique pour les soupers du Roi Ubu (1962-66), présentée à Musica 2010.
Mais c’est sa réflexion sur la perception du temps et une conscience musicale intime de celui-ci, alimentée par la lecture d’Edmund Husserl, Henri Bergson et Martin Heidegger, qui traversent et portent toute son œuvre. Affirmant la « sphéricité du temps », il développe une méthode de composition pluraliste basée sur la superposition de strates temporelles, la citation et le collage, avec pour principe le sérialisme, unifiant la cohérence du discours ou plutôt ce qui semble né de quelque rencontre fortuite. C’est avec son chef-d’œuvre, l’opéra Die Soldaten (1965), présenté à Musica 1988, que le compositeur atteint sa pleine mesure dans l’extrême complexité de l’écriture sérielle et dans la concrétisation d’un temps sphérique unifiant le passé, le présent et l’avenir. Œuvre majeure du compositeur, Ich wandte mich und sah an alles Unrecht, das geschah unter der Sonne (L’Action ecclésiastique) – présentée à Musica 1995 – fut achevée en 1970, juste avant son suicide.